• 6 octobre :Sainte Marie-Françoise des cinq plaies

     


    On aurait pu l’appeler Marie-Françoise du corps souffrant.

    Anna-Maria-Rosa-Nicoletta Gallo vit le jour à Naples le 25 mars 1715. (donc conçue au solstice d’été ?) Son père s’appelait François et sa mère Barbe Basinsin. Ses parents étaient “peu fortunés” disent les PP. Bénédictins. Ils étaient “une famille de condition médiocre” disent les Petits Bollandistes.

     Elle prendra le nom de Marie-Françoise des cinq plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ lorsqu’elle entrera dans le Tiers ordre de Saint François d’Assise, sous la direction des Pères réformés et déchaussés de Saint Pierre d’Alcantara.

     Déjà toute petite, elle était ennemie des divertissements de l’enfance  et ne pensait qu’à la religion. Elle offrait son petit déjeuner à ses soeurs à conditions qu’elle veuillent bien lui apprendre un peu de catéchisme.

     Elle était assistée, d’une façon visible par son ange gardien. A quatre ans, elle suppliait qu’on l’emmène à la messe et se servait déjà d’instruments de pénitence. A cet âge, on la prenait déjà pour une Sainte. Mais son père, François, la mit rapidement à la fabrication de galons d’or. Comme elle était chétive, elle eut un crachement de sang avec une fièvre violente. On la mit alors à un travail moins pénible, elle quitta la navette pour, le fuseau et pour filer l’or. A l’âge de 16 ans, un riche jeune homme, charmé par sa conduite, demanda sa main. François, heureux de cette future union qui augmenterait le capital familial donna son accord sans celui de Marie-Françoise. Mais il s’entendit refuser : “Mon père, ne vous donnez pas cette peine, ne voulant rien connaître du monde, j’ai, depuis longtemps décidé de prendre l’habit des religieux du Tiers ordre de Saint François.”François, après avoir essayé de la dissuader, entra dans une violente colère, prit une corde et se mit à la frapper sans pitié. Barbe, la mère, dut intervenir en arrachant la corde des mains de son mari. Son père l’enferma dans une chambre où il la laissa plusieurs jours sans autre nourriture que du pain et de l’eau. Durant ce temps, Marie-Françoise pouvait prier tranquillement. Un Père Mineur de l’Observance réussit à convaincre François d’accepter le désir de sa fille d’entrer au service de Saint François. Ravie, Marie-Françoise baisa la main de son père et courut se faire mettre l’habit tant espéré. C’était le 8 septembre 1731, le jour de la nativité de la vierge. Ce qui l’intéressait dans sa piété, c’était les mystères douloureux. Elle jeûnait, faisait pénitence et priait sans cesse.

    François s’apercevait bien de l’état de sa fille et se demandait s’il ne pourrait pas tirer profit d’un éventuel don de divination. Or, une dame riche, qui était enceinte, aurait bien voulut savoir si c’était d’un garçon ou d’une fille. François poussa Marie-Françoise à donner une réponse à la dame. Mais elle ne voulut pas passer pour une voyante qui dirait la bonne aventure. Alors le père entra en fureur et flagella Marie-Françoise jusqu’à ce que sa mère et sa soeur vinrent lui arracher le fouet. Sur les conseils de sa mère, elle s’enfuit de la maison et vint raconter ses misères à Don Jules Torno évêque du lieu. Il la raccompagna chez elle et fit les remontrances à François qui se calma.

     Pour la consoler, le Seigneur lui fit l’honneur de plusieurs apparitions. Elle racontait que quand il était là, elle se trouvait plongée dans un “océan d’indicibles délices accompagnée d’un vif tressaillement de son âme.” Comme elle ne savait pas trop qui était l’apparition, elle vint trouver son confesseur qui lui révéla qu’il s’agissait bien de Dieu. Son ange gardien lui rendait aussi de fréquentes visites. Cela l’encourageait. Il lui disait que c’était lui qui la défendait contre les assauts de son père. A son école, elle apprit à distinguer les vraies apparitions des fausses, celles du démon.

    Sa mère mourut et son père voulut se remarier. Il fit peser sur Marie-Françoise tout le poids de l’entretien de la famille.  Il lui menait la vie dure en répétant tout le temps “qui ne travaille pas ne mange pas!” et exigeait d’elle qu’elle paya dix écus par ans. Son parrain subvenait à cette rente. Marie-Françoise s’excusa en présentant à son père son extrême pauvreté et l’état lamentable de sa santé. Cependant, elle continuait ses mortifications et ne mangeait qu’un peu de pain qu’elle trempait dans de l’absinthe. Ses soeurs, moins patientes, allèrent trouver la femme que leur père désirait épouser et la persuadèrent de rompre avec lui. François cru que ce complot avait été perpétré par Marie-Françoise. Il entra en colère et quitta la maison en emportant tout. Sur l’injonction de son confesseur, Marie-Françoise alla passer sept mois chez un honnête négociant, Marcien d’Amélio. Elle devint marraine de sa fille aînée. Puis, par ordre de son confesseur, elle prit un petit appartement, rue de la Coutellerie, et s’associa à soeur Marie-Félix de la Passion. Mais Marie-Félix avait passé trois ans, comme servante, au service d’une dame amie de Marie-Françoise. Puis, elle l’avait quittée pour s’associer à sa collègue. Mais la dame voulait la reprendre. Elle essayait de se faire aider par Marie-Françoise. Comme elle n’y arrivait pas, elle la dénonça calomnieusement, comme “suppôt de satan”, auprès du Cardinal Spinelli, archevêque de Naples. Le cardinal ému de la chose, ordonna à un curé : Ignace Mostillo d’examiner les moeurs de Marie-Françoise. Celui-ci la mit à l’épreuve pendant sept années. Après ces sept ans d’où elle sortit indemne, il lui arriva une autre histoire. La femme de Marcien Amélio, chez qui elle avait passé sept mois, ne s’entendait plus avec son mari au sujet de la perte de deux mille ducats dans leur commerce. Elle s’unit à la dame calomniatrice et elles vinrent toute deux trouver François pour lui raconter que sa fille n’avait d’autre métier que celui de trouble-ménage. François en colère décida d’aller châtier Marie-Françoise. Mais heureusement, il ne la trouva pas, elle avait filé chez une de ses amies, Angèle Furlaccio chez qui elle rencontra son confesseur. Celui-ci l’enferma au Couvent dit du Bon-Chemin. Malgré cela, son père et ses soeurs vinrent l’y accabler d’injures. Il y avait avec eux une femme impudente envoyée par ses persécutrices. Cela fit scandale et les soeurs du Bon-Chemin prirent Marie-Françoise en grippe à tel point que l’une d’elle voulut la précipiter du haut d’un escalier et on lui jeta sur la figure une terrine de braises. Il faut dire qu’elle étaient jalouses de ce qu’on prenait Marie-Françoise pour une Sainte. Marie-Françoise se cacha dans sa cellule. Elle allait à la chapelle en cachette. Comme elle adorait les vêtements sacrés, elle entrait subrepticement dans la sacristie et passait de longs moments à baiser les ornements sacrés. Un jour qu’elle était en train de baiser les ornements des prêtres, elle entendit une voix qui lui dit “Fuyez, fuyez”. Elle crût que c’était son ange gardien et regagna sa cellule en toute hâte. A peine était elle rentrée qu’une explosion se fit entendre. C’était dans le palais voisin qui s’était écroulé sur la sacristie et avait tout enseveli. Puis, elle se mit à enfler des pieds à la tête. Sa santé s’altéra. Elle serait bien rentrée chez elle mais son confesseur s’y opposa. Elle vint alors habiter chez dame Candide Principe, épouse de Joseph de Mase. Elle commença à avoir de vives douleurs d’intestins. Comme une infirmité ne va pas sans l’autre; elle apprit que son père allait mourir. Elle se mit à pleurer parce qu’elle réalisait qu’elle ne pouvait pas être au chevet de son père. Elle obtint par sa prière de souffrir, à la place de son père, des douleurs de l’agonie.

    En 1763, elle révéla que Naples allait être décimé par une grande famine et une grande peste. L’année suivante, elle fut atteinte par la maladie mais finit par se rétablir après plusieurs mois. Elle en sortit réduite à l’état de squelette. Elle pleurait jour et nuit en étant si dérangée d’esprit qu’elle avait un besoin constant de la présence de son confesseur Jean Pessiri. Il résolut d’ailleurs de venir habiter la maison de la Sainte. C’était plus pratique pour lui. Elle eut alors une “ébullition du sang”. Ses médecins lui firent prendre inutilement des bains froids puis lui pratiquèrent une saignée au pieds. Mais le chirurgien la blessa maladroitement, ce qui fit souffrir horriblement Marie-Françoise en lui provoquant des spasmes. Le pied devint rouge, il fallut taillader dans les chairs car la gangrène s’y était mise. Pendant ce temps là, Marie-Françoise répétait “Que la volonté de Dieu soit faite !” Marie-Félix ayant laissé trop longtemps, par mégarde, brûler du soufre dans sa chambre, cela donna à Marie-Françoise une toux violente suivie de vomissements de sang. Pour l’adoucir, elle dut porter un collier de plomb pendant 12 ans. Elle disait alors “Le Seigneur m’a orné, comme son épouse, d’un collier de perles !” Chaque vendredi, elle communiait puis ne prenait plus de nourriture jusqu’au samedi. Pendant ce temps, elle visitait 33 sépulcres en souvenir des 33 années de la vie du Christ. Cela devait arriver, elle eut les stigmates du Christ : plaies aux deux mains, plaies aux deux pieds et plaie sur le côté gauche, là où est le coeur. Elle ne pouvait pas supporter que des gens disent les prières sans se courber. Si Marie-Félix oubliait de le faire, Marie-Françoise la forçait à se courber en lui tenant la tête. Elle commençait toujours ses prières par le Gloria Patri. Elle avait mis des images de Marie, la Vierge, dans tous les coins de la maison, sur les portes, dans les escaliers, dans les embrasures des fenêtres. Lorsqu’elle se sentait trop malade, elle prenait une image de la Vierge dans ses mains. En 1789, l’Archange Raphaël lui apparut sous la forme d’une beauté extraordinaire. Lorsqu’il apparut, Marie-Françoise resta sans voix. Il lui annonça qu’il était envoyé pour la guérir de sa plaie au côté. Son amour pour le Père céleste était si violent qu’elle versait parfois des torrents de larmes, ce qui mouillait son mouchoir et ses vêtements. Tout cela était si fort qu’elle perdait ses sens et se soulevait au-dessus du sol. Elle était si charitable qu’elle donnait tout ce qu’elle possédait. Un jour elle rencontra une pauvre femme qui n’avait rien à se mettre. Elle la fit venir chez elle, se dévêtit et lui donna sa robe. Elle donna même son matelas à un malheureux qui n’avait même pas de grabat pour dormir. Quand elle visitait les hôpitaux, elle aimait beaucoup passer du temps près des malades les plus repoussants et surtout ceux qui avaient des maladies contagieuses. Puis elle se mit à sentir bon de temps à autres, et ce qu’elle touchait gardait son parfum. On remarqua qu’elle sentait bon surtout aux fêtes de la Vierge et les vendredis de mars où elle souffrait la passion du Christ. L’état de Marie-Françoise s’aggravant de plus en plus, on l’envoya, en 1791, prendre un “bol d’air” à la campagne. Mais le résultat fut qu’elle se mit à tousser et  fut la victime de deux hernies étranglées qui provoquèrent des graves vomissements. Elle revint à Naples pour y subir une opération. Ensuite, elle eut de vives douleurs à un pied. On pria pour elle et la douleur se calma. Mais elle eut alors d’horribles convulsions par tout le corps. Ses pieds et ses jambes s’enflèrent. Elle dut passer des jours et des nuits sur une chaise sans pouvoir dormir. Comme elle se préparait à la fête de la Nativité de la Vierge, elle fut prise d’un telle crampe d’estomac qu’on aurait cru quelle était transpercée par un glaive. Pendant ce temps là, elle disait toujours “Que le Seigneur soit béni ! Le 11 septembre, fête du Saint nom de Marie, elle reçu l’extrême onction. Le 13, elle entra en extase et vit s’élever devant elle une grande croix nue. La maladie continua son cours et douze prêtres se pressant autour de son lit lui rappelaient sans cesse le devoir d’obéissance comme pour la retenir vivante. Mais elle voulait être déliée de ces préceptes et se laisser aller à la volonté du Père céleste. Elle s’adressa alors à un des prêtres qui s’appelait François Borelli. “François, vous devriez avoir du scrupule de votre conduite; vous voyez où j’en suis réduite, ma pauvre humanité s’est consumée, le Seigneur m’appelle, ces bons pères me retiennent liée par l’obéissance, et moi je suis obligée de rester et de souffrir. Dites leur donc qu’ils ne me donnent plus de préceptes et recommandez leur de se résigner à la volonté de Dieu !” Elle obtint gain de cause et entra en agonie. Son agonie dura trois heures. “Elle tremblait de tous ses membres, tous ses os étaient disloqués.” Puis Marie-Françoise dit d’une voix affaiblie : “Père pardonnez-moi, Père aidez-moi !” puis elle sombra dans une sorte de léthargie. Un peu plus tard, revenue de sa léthargie; elle se mit à réciter, d’une voix claire, cinq dizaines de chapelets et treize Gloria Patri. Puis elle passa toute la nuit en laissant échapper de grands soupirs. Le matin, on la fit communier. Elle retrouva toutes ses facultés et entra en extase. Elle dit “Madona... Voici que ma mère vient au devant de moi !” Puis elle pâlit. Don Pessiri alluma un cierge bénit et lui donna une dernière absolution. Il saisit alors un crucifix : “Soeur Marie-Françoise”, lui dit-il, “baisez les pieds de votre époux mort pour nous sur la croix !” Soulevant la tête, la mourante colla ses lèvres sur les pieds de son sauveur, et après les avoir tendrement baisés, retombant sur son oreiller, elle expira.

     Dès qu’elle sut la mort de la Sainte - disent les PP. Bénédictins, la piété napolitaine entra en éruption. La foule se rua pour emporter une relique. Il fallut appeler les soldats de la garde royale et porter le corps dans une chapelle fermée avec une grille de fer. On faisait toucher à la défunte les objets que présentait la foule assiégeante.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :