•  

     


    On honore sa mémoire le 5 octobre


    Le Bienheureux Bartolo Longo, l'apôtre du Rosaire

    Le Bienheureux Bartolo Longo est né le 11 février 1841 près de Brindes en Italie. Après une enfance pieuse, Bartolo Longo étudie le droit à Naples à partir de 1863, où il subit peu à peu l'influence de l'anticléricalisme. Il en devient athée et participe à des manifestations contre le pape et contre l'Eglise. Fasciné par la magie, Bartolo se laisse aller à la divination et au spiritisme. Il devient même médium et prêtre spirite, ce qui lui vaudra de subir les assauts répétés du démon.

    Mais son bon ange veille sur lui : un vieil ami le professeur Vincent Pepe, lui conseille de se repentir et de se confesser. Avec l'aide du Père dominicain Radente, Bartolo retrouve le chemin de la foi et de la pratique religieuse. Une nouvelle vie, au service de la sainte Vierge, commence pour lui. Il se met à réciter chaque jour le Rosaire et entre dans le tiers-ordre dominicain sous le nom de Frère Rosaire (le 7 octobre 1871, troisième centenaire de la victoire de Lépante). Il a trente-et-un ans et étudie les oeuvres de St Thomas d'Aquin.

    La comtesse Marianna de Fusco, riche veuve, l'invite à venir et à s'établir chez elle en qualité de précepteur de ses fils et d'administrateur de ses biens, non loin des ruines de l'antique Pompéi voisine de Naples. Là, il se rend compte de l'effrayante pauvreté spirituelle et matérielle des paysans de la région. Que faire face à de telles nécessités ? Il commence par la fondation d'une fraternité du Très Saint Rosaire. Il parcourt la campagne, entrant dans les fermes, pour enseigner aux gens à prier et pour y distribuer médailles et chapelets.

    Un jour, ayant reçu en don un tableau très abîmé de Notre-Dame du Rosaire (du XVIIe siècle et de l'école de Luca Giordano), Bartolo le restaure et obtint de l'installer dans une église de Pompéi le 13 février 1876. De ce jour, une pluie de grâces et de miracles se multiplie. Cette dévotion se répand dans toute la région et des pèlerinages commencent. En 1878, il publie Histoire, miracles et neuvaine de la Vierge du Saint Rosaire de Pompéi et il compose une neuvaine bientôt enrichie d'indulgences.

    Léon XIII le reçoit le 3 février 1884 et l'encourage à lancer un nouveau journal Il Rosario et la nueva Pompei. Bartolo Longo reçoit ensuite la permission de construire une église sur les terres de la comtesse de Fusco. Ce sanctuaire est achevé et consacré en 1887. Le tableau miraculeux y est transféré. Entre temps, une campagne de calomnie s'étant élevée, Bartolo Longo consulte le pape qui lui conseille d'épouser la comtesse : « Il n'y aura ensuite plus rien à dire ». Le mariage est célébré le 19 avril 1885 mais ils font tous les deux voeu de chasteté, ce mariage demeurera donc virginal.

    L'oeuvre de Pompéi continue à s'étendre. Une nouvelle ville se construit autour du sanctuaire et devient une cité mariale. Bartolo Longo crée un orphelinat pour filles, le confiant aux Filles du Rosaire, institut religieux qu'il vient de créer. Il fonde aussi une maison pour l'éducation des enfants des prisonniers. Bientôt une trentaine de bâtiments entoure le sanctuaire, dont un hôpital, une imprimerie, une gare, une poste, etc…

    Dans la région, la misère d'autrefois cède la place à une prospérité fondée sur le travail. Le sanctuaire de Notre-Dame du Rosaire est érigé en basilique le 4 octobre 1925, fête du cinquantième anniversaire de sa fondation devant  cinquante mille fidèles et vingt-quatre évêques.

    L'apôtre du Rosaire, qui n'a cessé durant toute sa vie de demander la définition du dogme de l'Assomption, meurt le 5 octobre 1926 à quatre vingt-cinq ans dans la pauvreté la plus absolue ayant donné quelques années auparavant tout ce qu'il possédait au Saint-Siège.

    Il est enterré à Pompéi aux pieds de l'image miraculeuse. Il sera béatifié par le pape Jean-Paul II le 26 octobre 1980. Sa fête est le 6 octobre. Par amour de Marie, il était devenu selon ses propres dires, apôtre de l'Evangile, écrivain, propagateur du Rosaire, fondateur d'instituts de charité, mendiant pour les pauvres.

    Sa prière personnelle était « Sainte Mère tant aimée, en vous repose toute ma peine, ma confiance et mon espérance ».

    Le pape Jean-Paul II sans sa lettre apostolique sur le Rosaire (16 octobre 2002) cite à cinq reprises Bartolo Longo qui définissait le Rosaire comme la « douce chaîne qui nous relie à Dieu ».

    « Si tu cherches le salut, répands le Rosaire »


    votre commentaire
  •  

    Sainte Faustine Kowalska dont nous honorons la mémoire le 5 Octobre

    Biographie publiée par le Saint-Siège

    ROME, dimanche 18 août 2002 – Nous publions ci-dessous la biographie de Soeur Faustine Kowalska (1905-1938), à laquelle le Christ a transmis le message de la Miséricorde Divine, présentée par le Saint-Siège.

    Soeur MARIE FAUSTINE, apôtre de la Miséricorde Divine, compte aujourd'hui parmi les Saints les plus célèbres de l'Église. Par son intermédiaire, le Seigneur Jésus transmet au monde entier Son grand message de la Miséricorde Divine et montre un modèle de perfection chrétienne fondée sur la confiance en Dieu et sur une attitude miséricordieuse envers le prochain.

    Elle est née le 25 août 1905, troisième des dix enfants de Marianna et Stanisław Kowalski, agriculteurs dans le village de Głogowiec. Au baptême, dans l'église paroissiale de Świnice Warckie , elle a reçu le prénom d'Hélène. Depuis son enfance, elle se distingua par l'amour de la prière, l'assiduité, l'obéissance et par une grande sensibilité à la misère des hommes. A neuf ans, elle a fait sa Première Communion qu'elle a profondément vécue, consciente de la présence de l'Hôte Divin dans son âme. Elle a fréquenté l'école pendant moins de trois ans. Adolescente, elle a quitté la maison familiale pour gagner sa vie et pour aider ses parents comme servante dans des familles aisées à Aleksandrów , Łódź et Ostrówek .

    Elle a senti la vocation dans son âme dès l'âge de sept ans, mais ses parents n'étant pas d'accord pour qu'elle entre dans les ordres, elle a essayé d'étouffer cette voix intérieure. Cependant, exhortée par la vision du Christ souffrant, elle est partie pour Varsovie où, le 1er août 1925, elle a rejoint la Congrégation des Sœurs de Notre Dame de la Miséricorde. Devenue Sœur Marie Faustine, elle a passé au couvent treize ans, en remplissant les fonctions de cuisinière, de jardinière et de Sœur portière dans plusieurs maisons de la Congrégation, le plus souvent à Płock , Wilno et Cracovie.

    Rien ne trahissait à l'extérieur sa vie mystique d'une extrême richesse. C'est avec zèle qu'elle remplissait toutes ses tâches, elle observait fidèlement les règles, recueillie et silencieuse, mais en même temps naturelle, pleine d'un amour bienveillant et désintéressé. Sa vie, très ordinaire,
    monotone et grise en apparence, cachait la profondeur extraordinaire de l'union à Dieu.

    Sa spiritualité reposait sur la Miséricorde Divine à laquelle elle réfléchissait et qu'elle contemplait dans la parole de Dieu et dans l'aspect quotidien de sa vie. La connaissance et la contemplation du mystère de la Miséricorde Divine développaient chez elle une attitude de confiance d'enfant face à Dieu et de miséricorde envers les autres. Ô mon Jésus, chacun de Tes saints reflète en sa personne l'une de tes vertus, moi, je désire refléter Ton Cœur compatissant et plein de miséricorde, je veu
    x le glorifier. Que Ta miséricorde, ô Jésus, soit imprimée dans mon cœur et dans mon âme, tel un sceau, ce sera là mon emblème en cette vie et en l'autre  . Sœur Marie Faustine était une fidèle fille de l'Église qu'elle aimait comme une Mère et comme le Corps Mystique de Jésus Christ. Consciente de son rôle au sein de l'Église, elle a collaboré avec la Miséricorde Divine dans l'œuvre du salut des âmes égarées. Sur le souhait et en suivant l'exemple du Seigneur Jésus, elle a sacrifié sa vie en holocauste. Dans sa vie spirituelle, elle se distinguait aussi par son amour de l'Eucharistie et par sa dévotion profonde pour Notre Dame de la Miséricorde.

    Les années passées au couvent abondaient en grâces extraordinaires: révélations, visions, stigmates cachés, participation à la Passion du Seigneur, don de bilocation, de pénétrer le cœur des autres, de la prophétie, ou bien le don rarissime de fiançailles et d'épousailles mystiques. Le vif contact avec Dieu, Notre Dame, les anges, les saints, les âmes au purgatoire – tout cet univers surnaturel – lui apparaissait comme étant non moins réel et vrai que celui qu'elle percevait par ses sens. Malgré cette abondance de grâces extraordinaires accordées, elle savait que celles-ci ne décidaient pas de l'essence de la sainteté. Ce ne sont ni les grâces, ni les apparitions, ni les ravissements, ni aucun don accordé qui la rendent parfaite, mais l'union intérieure de mon âme avec Dieu. Ces dons ne sont que des ornements de l'âme, mais ils ne constituent ni le contenu, ni la perfection. Ma sainteté et ma perfection consistent en une étroite union de ma volonté avec celle de Dieu.
     

    Sœur Marie Faustine a été élue par le Seigneur Jésus secrétaire et apôtre de Sa Miséricorde pour transmettre au monde entier son grand message. Dans l'ancien Testament, lui dit-Il, j'ai envoyé à mon peuple des prophètes et avec eux la foudre. Aujourd'hui, je t'envoie vers toute l'humanité avec ma miséricorde. Je ne veux pas punir l'humanité endolorie, mais je désire la guérir en l'étreignant sur mon cœur miséricordieux
    . .

    La mission de Sœur Marie Faustine consistait en trois tâches:
    – rendre proche et annoncer au monde entier la vérité révélée dans les Écritures Saintes sur l'amour miséricor
    dieux de Dieu envers tout homme,
    – implorer la Miséricorde Divine pour le monde entier, en particulier pour les pécheurs, notamment par la pratique des formes nouvelles, annoncées par le Seigneur Jésus, du culte de la Miséricorde Divine, qui sont les suivantes: le tableau du Christ avec l'inscription Jésus, j'ai confiance en Toi! , la Fête de la Miséricorde Divine le premier dimanche après Pâques, le Chapelet à la Miséricorde Divine et la prière à l'Heure de la Miséricorde Divine
    (15 H). Le Seigneur Jésus liait à ces formes du culte, ainsi qu'à la propagation de la dévotion à la Miséricorde, de grandes promesses à condition de se fier à Dieu et de pratiquer un amour actif envers le prochain,
    – la troisième tâche que comportait la mission de Sœur Marie Faustine consistait à inspirer le mouvement apostolique de la Miséricorde qui est chargé de propager et d'obtenir par la prière la Miséricorde Divine pour le monde et qui tend à la perfection sur le chemin montré par la Bienheureuse Sœur Faustine. Ce chemin est celui d'une confiance d'enfant en Dieu, laquelle s'exprime dans l'accomplissement de Sa volonté et dans une attitude de miséricorde envers les autres. A l'heure actuelle, ce mouvement au sein de l'Église concerne des millions de personnes à travers le monde, à savoir des congrégations, des instituts laïques, des prêtres, des confréries, des associations, différentes communautés d'apôtres de la Miséricorde Divine et des particuliers qui se chargent, à titre individuel, des tâches transmises par le Seigneur Jésus par l'intermédiaire de Sœur Marie Faustine.
    Le message de Sœur Faustine a été noté dans son Petit Journal qu'elle a rédigé par la volonté du Seigneur Jésus et de ses confesseurs. Elle y a fidèlement noté tous les souhaits de Jésus, de même qu'elle a décrit l'union intime de son âme avec Dieu. Secrétaire de mon plus profond mystère, disait le Seigneur Jésus à Sœur Faustine, ton devoir est d'écrire tout ce que je te fais connaître à propos de ma miséricorde au profit des âmes qui en lisant ces écrits seront consolés et auront le courage de s'approcher de moi 
     . Cet ouvrage nous rend proche d'une manière extraordinaire le mystère de la Miséricorde Divine. Il enchante non seulement les gens simples, mais aussi les scientifiques qui y découvrent une source supplémentaire de recherche théologique. Le Petit Journal a été traduit en plusieurs langues, entre autres
    en anglais, allemand, italien,espagnol, français, portugais, russe, hongrois, tchèque et slovaque.
    Ravagée par la maladie et par de nombreuses souffrances qu'elle a supportées en tant que sacrifice bénévole pour les pécheurs, entièrement épanouie spirituellement et unie à Dieu, Sœur Marie Faustine est morte à Cracovie le 5 octobre 1938, âgée à peine de 33 ans. La gloire de la sainteté de sa vie a crû rapidement avec la propagation de la dévotion pour la Miséricorde Divine et au fur et à mesure des grâces obtenues par son intercession. De 1965 à 1967, à Cracovie s'est déroulé le procès diocésain sur sa vie et ses vertus et en 1968, à Rome, a été ouvert le procès de béatification, clos en décemb
    re 1992. Le 18 avril 1993, sur la Place Saint-Pierre de Rome, le Saint Père Jean Paul II a procédé à l'acte de sa béatification. [Elle fut canonisée le 30 avril 2000, ndlr ]. Ses reliques reposent au sanctuaire de la Miséricorde Divine de Cracovie-Łagiewniki .

     

     

     

     


    votre commentaire
  • Chers lecteurs et lectrices,

     

     

    Nous  fêtons  l'Assomption de la toute Pure et sainte vierge Marie, mère du Christ, mère de l'Eglise, notre mère à tous, qui parce que très sainte, fut élevée au ciel en corps et en âme. Puisse Dieu faire que nous imitions ses vertus, afin qu'un jour nous aussi, puissions la rejoindre dans la béatitude éternelle. Fêtons le 15 août en nous rendant à l'église, en priant avec nos frères et en apportant la joie à ceux qui ne connaissent pas la paix du Christ. Bonne fête!!!!!

     

    Le chant suivant dit "nous voulons vivre comme Marie a vécu":

     

     

     

     

     

     

     


    votre commentaire
  •  

     

     

    Chers frères et sœurs!

    A chaque fois que nous célébrons l'Eucharistie, nous vivons dans la foi le mystère qui s'accomplit sur l'autel, c'est-à-dire que nous participons à l'acte suprême d'amour que le Christ a réalisé par sa mort et sa résurrection. Le même et l'unique centre de la liturgie et de la vie chrétienne - le mystère pascal - assume ensuite, dans les différentes solennités et fêtes, des "formes" spécifiques, avec des significations différentes et des dons de grâce particuliers. Parmi toutes les solennités, la Pentecôte se distingue par son importance, parce qu'en elle se réalise ce que Jésus lui-même avait annoncé comme étant le but de toute sa mission sur la terre. En effet, alors qu'il montait à Jérusalem, il avait déclaré à ses disciples:  "Je suis venu jeter un feu sur la terre et comme je voudrais que déjà il fût allumé!" (Lc 12, 49). Ces paroles trouvent leur réalisation la plus évidente cinquante jours après la résurrection, à Pentecôte, antique fête juive qui, dans l'Eglise, est devenue par excellence la fête de l'Esprit Saint:  "Ils virent apparaître des langues qu'on eût dites de feu;... Tous furent alors remplis de l'Esprit Saint" (Ac 2, 3-4). Le feu véritable, l'Esprit Saint, a été apporté sur la terre par le Christ. Il ne l'a pas arraché aux dieux, comme le fit Prométhée, selon le mythe grec, mais il s'est fait le médiateur du "don de Dieu" et il l'a obtenu pour nous, par le plus grand acte d'amour de l'histoire:  sa mort sur la croix.

    Dieu veut continuer à donner ce "feu" à chaque génération humaine, et naturellement, il est libre de le faire quand et comme il le veut. Il est esprit, et l'esprit "souffle où il veut" (cf. Jn 3, 8). Mais il y a une "voie normale" que Dieu a choisie pour "jeter le feu sur la terre":  cette voie c'est Jésus, son Fils unique incarné, mort et ressuscité. A son tour, Jésus a constitué l'Eglise comme son Corps mystique, afin qu'elle prolonge sa mission dans l'histoire. "Recevez l'Esprit Saint" - a-t-il dit aux Apôtres au soir de la résurrection, en accompagnant ces paroles par un geste expressif:  il a "soufflé" sur eux (cf. Jn 20, 22). Il a ainsi montré qu'il leur transmettait son Esprit, l'Esprit du Père et du Fils. Et maintenant, chers frères et sœurs, dans la solennité d'aujourd'hui, l'Ecriture nous dit encore une fois comment doit être la communauté, comment nous devons être, pour recevoir le don de l'Esprit Saint. Dans le récit, qui décrit l'événement de Pentecôte, l'auteur sacré rappelle que les disciples "se trouvaient tous ensemble en un seul lieu". Ce "lieu" est le Cénacle, la "chambre haute", où Jésus avait tenu la Dernière Cène avec ses apôtres, où il leur était apparu, ressuscité; cette pièce qui était devenue pour ainsi dire le "siège" de l'Eglise naissante (cf. Ac 1, 13). Cependant, plutôt que d'insister sur le lieu physique, les Actes des Apôtres veulent faire remarquer l'attitude intérieure des disciples:  "Tous d'un même cœur étaient assidus à la prière" (Ac 1, 14). Donc, la concorde entre les disciples est la condition pour que vienne l'Esprit Saint; et le présupposé de la concorde est la prière.

    Chers frères et sœurs, cela vaut aussi pour l'Eglise d'aujourd'hui, cela vaut pour nous, qui sommes ici réunis. Si nous ne voulons pas que Pentecôte se réduise à un simple rite ou à une commémoration, même suggestive, mais qu'elle soit un événement actuel de salut, nous devons nous préparer dans une attente religieuse au don de Dieu, par l'écoute humble et silencieuse de sa Parole. Pour que Pentecôte se renouvelle à notre époque, il faut peut-être - sans rien ôter à la liberté de Dieu - que l'Eglise soit moins "essoufflée" par les activités et davantage consacrée à la prière. C'est ce que nous enseigne la Mère de l'Eglise, la Très Sainte Vierge Marie, Epouse de l'Esprit Saint. Cette année, Pentecôte tombe justement le dernier jour du mois de mai, où l'on célèbre habituellement la fête de la Visitation. Celle-ci fut aussi une sorte de petite "pentecôte" qui fit jaillir la joie et la louange des cœurs d'Elisabeth et de Marie, l'une stérile, et l'autre vierge, devenues ensemble mères grâce à une intervention divine extraordinaire (cf. Lc 1, 41-45). La musique et le chant qui accompagnent notre liturgie, nous aident eux aussi à être unanimes dans la prière, et c'est pourquoi j'exprime ma vive reconnaissance au chœur de la cathédrale et à l'orchestre de chambre (Kammerorchester) de Cologne. Pour cette liturgie, à l'occasion du bicentenaire de la mort de Joseph Haydn, a été choisie de façon très opportune son Harmoniemesse, la dernière des "Messes" composées par ce grand musicien, une symphonie sublime à la gloire de Dieu. A vous tous, venus pour cette circonstance, j'adresse mon salut le plus cordial.

    Pour désigner l'Esprit Saint, dans le récit de Pentecôte, les Actes des Apôtres utilisent deux grandes images:  l'image de la tempête et celle du feu. Il est clair que saint Luc a à l'esprit la théophanie du Sinaï, racontée dans les livres de l'Exode (19, 16-19) et du Deutéronome (4, 10-12.36). Dans le monde antique, la tempête était vue comme le signe de la puissance divine, devant laquelle l'homme se sentait subjugué et empli de crainte. Mais je voudrais souligner aussi un autre aspect:  la tempête est décrite comme un "vent impétueux" et cela fait penser à l'air qui différencie notre planète des autres astres et nous permet d'y vivre. Ce que l'air est à la vie biologique, l'Esprit Saint l'est à la vie spirituelle; et de même qu'il existe une pollution atmosphérique qui empoisonne l'environnement et les êtres vivants, de même il existe une pollution du cœur et de l'esprit qui étouffe et empoisonne l'existence spirituelle. De même qu'il ne faut pas s'habituer aux poisons de l'air - c'est pourquoi l'engagement écologique représente aujourd'hui une priorité -, on devrait faire tout autant pour ce qui corrompt l'esprit. Il semble au contraire que l'on s'habitue sans difficulté à de nombreux produits qui polluent l'esprit et le cœur et qui circulent dans notre société - par exemple les images qui transforment en spectacle le plaisir, la violence ou le mépris de l'homme et de la femme. Cela aussi est une forme de liberté, dit-on, sans reconnaître que tout cela pollue, intoxique l'esprit, surtout des nouvelles générations, et finit ensuite par conditionner la liberté elle-même. La métaphore du vent impétueux de Pentecôte fait penser au contraire à quel point il est précieux de respirer un air propre, un air physique, avec les poumons, et un air spirituel, avec le cœur, l'air sain de l'esprit qui est l'amour!

    L'autre image de l'Esprit Saint que nous trouvons dans les Actes des Apôtres est le feu. J'ai mentionné au début l'opposition entre Jésus et la figure mythologique de Prométhée, qui rappelle un aspect caractéristique de l'homme moderne. S'étant emparé des énergies du cosmos - le "feu" - l'être humain semble aujourd'hui s'affirmer comme un dieu et vouloir transformer le monde en excluant, en mettant de côté, ou même en refusant le Créateur de l'univers. L'homme ne veut plus être image de Dieu, mais de lui-même; il se déclare autonome, libre et adulte. Il est évident qu'une telle attitude révèle un rapport non authentique avec Dieu, conséquence d'une fausse image qu'il s'est faite de Lui, comme l'enfant prodigue de la parabole évangélique qui croit se réaliser lui-même en s'éloignant de la maison de son père. Entre les mains d'un tel homme, le "feu" et ses immenses potentialités deviennent dangereux:  ils peuvent se retourner contre la vie et contre l'humanité elle-même, comme hélas le démontre l'histoire. Les tragédies de Hiroshima et de Nagasaki, dans lesquelles l'énergie atomique, utilisée à des fins belliqueuses, a fini par semer la mort dans des proportions inouïes, en représentent une mise en garde constante.

    En vérité, on pourrait trouver de nombreux exemples, moins graves et pourtant tout aussi symptomatiques dans la réalité de chaque jour. L'Ecriture Sainte nous révèle que l'énergie capable de mettre le monde en mouvement n'est pas une force anonyme et aveugle, mais l'action de "l'Esprit de Dieu qui planait sur les eaux" (Gn 1, 2) au début de la création. Et Jésus Christ a "apporté sur la terre" non pas la force vitale qui l'habitait déjà, mais l'Esprit Saint, c'est-à-dire l'amour de Dieu qui "renouvelle la face de la terre" en la purifiant du mal et en la libérant de la domination de la mort (cf. Ps 103/104, 29-30). Ce "feu" pur, essentiel et personnel, le feu de l'amour est descendu sur les apôtres, réunis dans la prière avec Marie au Cénacle, pour faire de l'Eglise le prolongement de l'œuvre rénovatrice du Christ.

    Enfin, une dernière réflexion tirée du récit des Actes des Apôtres:  l'Esprit Saint vainc la peur. Nous savons que les disciples s'étaient réfugiés au Cénacle après l'arrestation de leur Maître et y étaient restés enfermés par peur de subir le même sort. Après la résurrection de Jésus, leur peur ne disparaît pas à l'improviste. Mais voilà qu'à Pentecôte, lorsque l'Esprit Saint se posa sur eux, ces hommes sortirent sans peur et commencèrent à annoncer à tous la bonne nouvelle du Christ crucifié et ressuscité. Ils n'avaient pas peur, parce qu'ils se sentaient entre les mains du plus fort. Oui, chers frères et sœurs, l'Esprit de Dieu, là où il entre, chasse la peur; il nous fait savoir et sentir que nous sommes entre les mains d'une Toute-Puissance d'amour:  quoi qu'il arrive, son amour infini ne nous abandonne pas. C'est ce que montrent le témoignage des martyrs, le courage des confesseurs de la foi, l'élan intrépide des missionnaires, la franchise des prédicateurs, l'exemple de tous les saints, certains même adolescents et enfants. C'est ce que révèle l'existence même de l'Eglise, qui, en dépit des limites et des fautes des hommes, continue de traverser l'océan de l'histoire, poussée par le souffle de Dieu, et animée par son feu purificateur. Avec cette foi et cette joyeuse espérance, nous répétons aujourd'hui, par l'intercession de Marie:  "Envoie ton Esprit, Seigneur, qu'il renouvelle la face de la terre".

     

    Dimanche 31 Mai 2009, homélie de Benoît XVI

     


     


    1 commentaire
    • Prononcée par Saint Grégoire le grand devant le peuple dans la basilique du bienheureux Pierre, apôtre, le jour de l’Ascension le 24 mai 591

      Mc 16, 14-20

      En ce temps-là, Jésus apparut aux Onze pendant qu’ils étaient à table ; et il leur reprocha leur incrédulité et leur dureté de cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité. Et il leur dit : « Allez dans le monde entier ; prêchez l’Evangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues, ils prendront en main des serpents, et s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera aucun mal. Ils imposeront les mains sur les malades, et ceux-ci seront guéris. »
      Après leur avoir ainsi parlé, le Seigneur Jésus s’éleva au ciel ; et il siège à la droite de Dieu. Pour eux, ils s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur travaillant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient. Le retard qu’ont mis les disciples à croire en la Résurrection du Seigneur n’a pas tant été de leur part une infirmité que pour nous, si j’ose dire, le gage de notre future fermeté. En effet, à cause de leur doute, cette Résurrection a été démontrée par des preuves nombreuses ; et découvrant ces preuves à la lecture, c’est par les doutes mêmes des disciples que nous sommes affermis. Marie-Madeleine, qui a cru plus vite, m’a été moins utile que Thomas, qui a douté longtemps. Car lui, dans son doute, a touché les cicatrices des plaies, ôtant ainsi de notre cœur la plaie du doute.
      Pour mieux nous persuader que le Seigneur est vraiment ressuscité, il nous faut noter ce que Luc rapporte : « Comme il était à table avec eux, il leur recommanda de ne pas s’éloigner de Jérusalem. » (Ac 1, 4). Et un peu après : « Tandis qu’ils le regardaient, il fut élevé, et une nuée le déroba à leurs yeux. » (Ac 1, 9). Observez ces paroles, remarquez bien le mystère : « Comme il était à table avec eux… il fut élevé. » Il mange et il monte : il se nourrit pour faire connaître qu’il a une chair véritable.
      Quant à Marc, il rappelle qu’avant de monter au ciel, le Seigneur a repris ses disciples pour leur dureté de cœur et leur incrédulité. Nous devons considérer ici que si le Seigneur a choisi, pour réprimander ses disciples, le moment où il les quittait corporellement, c’est afin de graver plus profondément dans le cœur de ses auditeurs les paroles qu’il prononçait en partant.
      Ecoutons ce qu’il demande aux disciples après leur avoir reproché leur dureté : « Allez dans le monde entier ; prêchez l’Evangile à toute créature. »

      2. Fallait-il donc, mes frères, prêcher le Saint Evangile à des objets inanimés, ou à des animaux sans raison, pour que le Seigneur dise ainsi à ses disciples : « Prêchez à toute créature. » Non, bien sûr ! C’est l’homme qu’on désigne par l’expression « toute créature ». Car si les pierres existent, elles ne vivent pourtant pas, et elles n’ont pas de sensations. Si les herbes et les arbres existent, s’ils vivent même, ils n’ont cependant pas de sensations ; ils vivent, dis-je, non par un souffle animal, mais par une force végétale, puisque Paul affirme : « Insensé ! Ce que tu sèmes ne reprend pas vie s’il ne meurt auparavant. » (1 Co 15, 36). Ce qui meurt pour reprendre vie, vit donc. Ainsi, les pierres existent, mais elles ne vivent pas. Les arbres existent, ils vivent, mais ils n’ont pas de sensations ; les animaux sans raison existent, ils vivent, ils ont des sensations, mais ils ne peuvent juger. Les anges, eux, existent, ils vivent, ils ont des sensations et ils peuvent juger. Or l’homme possède en lui quelque chose de chacune de ces créatures : être lui est commun avec les pierres, vivre avec les arbres, avoir des sensations avec les animaux, comprendre avec les anges. Si donc l’homme a quelque chose de commun avec toute créature, il est en quelque manière toute créature. Par conséquent, prêcher l’Evangile au seul homme, c’est le prêcher à toute créature, puisque c’est l’enseigner à celui pour qui tout sur terre a été créé, et à qui rien de ce qui existe n’est étranger, du fait qu’il présente quelque similitude avec tout le reste.
      L’expression « toute créature » peut aussi désigner toutes les nations païennes. En effet, si le Seigneur avait commencé par dire : « N’allez pas vers les païens » (Mt 10, 5), il ordonne maintenant : « Prêchez à toute créature. » La prédication des apôtres, que les Juifs avaient d’abord repoussée, nous est ainsi venue en aide, dès lors que ces orgueilleux, en la rejetant, ont témoigné de leur damnation. Et quand le Christ, qui est la Vérité, envoie les disciples prêcher, il ne fait rien d’autre que d’y répandre la semence dans le monde. Il n’envoie que quelques graines en semences, pour recueillir en retour les fruits de moissons abondantes issus de notre foi. Car une si grande moisson de fidèles n’aurait pu lever sur le monde entier, si la main du Seigneur n’avait fait venir, sur la terre des intelligences, ces graines de choix que sèment les prédicateurs.

      3. Le texte poursuit : « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné. » Peut-être chacun se dit-il en lui-même : « Moi, maintenant, j’ai cru, et donc je serai sauvé. » Il dit vrai, si sa foi inclut les œuvres. Car une foi véritable exige qu’on ne contredise pas dans sa conduite ce qu’on affirme par ses paroles. C’est pourquoi Paul déclare à propos de certains faux fidèles : « Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renient par leurs actes. » (Tt 1, 16). Et Jean : « Celui qui dit connaître Dieu, mais ne garde pas ses commandements, est un menteur. » (1 Jn 2, 4). Puisqu’il en est ainsi, c’est en examinant notre vie que nous devons vérifier la vérité de notre foi. En effet, nous ne sommes vraiment croyants que si nous accomplissons en nos œuvres ce que nous promettons en nos paroles. Le jour de notre baptême, nous avons promis de renoncer à toutes les œuvres et à toutes les séductions de l’antique ennemi. Que chacun d’entre vous se considère donc lui-même avec les yeux de l’esprit : si après le baptême, il garde ce qu’il avait promis avant le baptême, qu’il soit certain d’être un [vrai] croyant, et qu’il se réjouisse. Mais s’il est tombé en commettant de mauvaises actions ou en désirant les séductions de ce monde, il n’a pas gardé ce qu’il avait promis. Voyons s’il sait pleurer maintenant ses égarements. Car devant le Juge miséricordieux, celui qui revient à la vérité ne passe pas pour un menteur, même après avoir menti : le Dieu tout-puissant, en recevant volontiers notre pénitence, couvre lui-même nos égarements par sa sentence.

      4. Le texte poursuit : « Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom ils chasseront les démons, ils parleront de nouvelles langues, ils prendront en main des serpents, et s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera aucun mal. Ils imposeront les mains sur les malades, et ceux-ci seront guéris. » Cela, mes frères, vous ne le faites pas ; est-ce à dire que vous ne croyez pas ? Non, bien sûr ! Ces signes ont été nécessaires au début de l’Eglise. La foi, pour croître, devait alors en être nourrie. Nous aussi, quand nous plantons des arbres, nous leur versons de l’eau jusqu’à ce que nous ayons constaté qu’ils ont repris ; mais une fois leurs racines fixées en terre, nous cessons de les arroser. D’où le mot de Paul : « Les langues sont un signe, non pour les croyants, mais pour les incroyants. » (1 Co 14, 22)
      A propos de ces signes et de ces manifestations, il nous reste quelque chose à considérer de plus près : c’est que la sainte Eglise opère spirituellement chaque jour ce qu’elle opérait corporellement par les apôtres en leur temps. En effet, que font les prêtres de l’Eglise quand ils exorcisent les fidèles en leur imposant les mains, et qu’ils interdisent aux esprits malins d’habiter dans leur âme ? Que font-ils, sinon chasser les démons ? Et que font les fidèles lorsque délaissant les paroles mondaines de leur vie passée, ils proclament les saints mystères et chantent tant qu’ils peuvent les louanges et la puissance de leur Créateur ? Que font-ils, sinon parler de nouvelles langues ? Et ne prennent-ils pas en main des serpents quand ils enlèvent le mal du cœur des autres en les exhortant au bien ? Et lorsqu’ils entendent des conseils empoisonnés sans se laisser pourtant entraîner à de mauvaises actions, n’est-ce pas là boire un breuvage mortel, mais sans qu’il leur fasse de mal ? Et que font les hommes qui, dès qu’ils voient leur prochain faiblir dans l’accomplissement des bonnes actions, volent à son secours de toutes leurs forces, et raffermissent par l’exemple de leurs œuvres la vie de ceux dont le comportement devenait chancelant ? Que font-ils, sinon imposer les mains sur les malades pour qu’ils soient guéris ?
      Ces miracles sont d’ailleurs d’autant plus grands qu’ils sont spirituels, d’autant plus grands que ce ne sont pas des corps, mais des âmes qu’ils régénèrent. Et ces signes-là, frères très chers, vous-mêmes, en vous plaçant sous la gouverne de Dieu, vous pouvez les accomplir si vous le voulez. Les signes extérieurs ne peuvent obtenir la vie à ceux qui les opèrent. Car si ces miracles corporels manifestent parfois la sainteté, ils ne la font pas exister. Au contraire, les miracles spirituels, qui se réalisent dans l’âme, ne manifestent pas au-dehors la vertu de notre vie, mais ils font exister cette vertu. Si même des gens mauvais sont capables des premiers, seuls les bons peuvent jouir du fruit des seconds. D’où ce mot de la Vérité à propos de certains hommes : « Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en votre nom que nous avons prophétisé, en votre nom que nous avons chassé les démons, et en votre nom que nous avons fait beaucoup de miracles ? Alors je leur affirmerai avec assurance : Je ne vous connais pas ; éloignez-vous de moi, artisans d’iniquité. » (Mt 7, 22-23). N’aimez donc pas, frères très chers, ces signes que les réprouvés peuvent eux aussi réaliser. Mais aimez ceux dont nous venons de parler, les miracles de charité et de piété, qui sont d’autant plus sûrs qu’ils sont cachés, et d’autant mieux récompensés du Seigneur qu’ils sont moins glorifiés des hommes.

      5. Le texte poursuit : « Après leur avoir ainsi parlé, le Seigneur Jésus s’éleva au ciel ; et il siège à la droite de Dieu. » Nous savons par l’Ancien Testament qu’Elie a été ravi au ciel (cf. 2 R 2, 11). Mais outre le ciel aérien, il y a le ciel éthéré [1]. Le ciel aérien est proche de la terre : ainsi, nous parlons des oiseaux du ciel, parce que nous les voyons voler dans les airs. Or c’est dans ce ciel aérien qu’Elie a été élevé pour être conduit soudainement dans une région secrète de la terre, où il vit dans un grand repos de la chair et de l’esprit jusqu’à ce qu’il revienne à la fin du monde et acquitte sa dette envers la mort. S’il a en effet remis sa mort à plus tard, il n’y a pas échappé. Notre Rédempteur, au contraire, n’ayant pas remis sa mort à plus tard, en a été vainqueur ; il a détruit la mort en ressuscitant, et manifesté la gloire de sa Résurrection en montant au ciel. Il faut encore noter qu’Elie, d’après ce que nous lisons, est monté au ciel dans un char : cela montrait bien que n’étant qu’un homme [2], il avait besoin d’une aide extérieure. Ces secours et les signes qui nous les révèlent sont le fait des anges : Elie, appesanti qu’il était par la faiblesse de sa nature, ne pouvait monter par lui-même au ciel, fût-ce le ciel aérien. Quant à notre Rédempteur, on ne lit pas qu’il fut élevé par un char ou par les anges : celui qui avait tout créé n’avait besoin que de sa propre puissance pour se voir porté au-dessus de tout. Il s’en retournait là où il était déjà ; il s’en revenait de là où il demeurait, puisque lors même qu’il montait au ciel par son humanité, il contenait à la fois la terre et le ciel par sa divinité.

      6. De même que Joseph, vendu par ses frères, a figuré la vente de notre Rédempteur, Enoch, transporté (cf. Gn 5, 24), et Elie, élevé au ciel aérien, ont symbolisé l’Ascension du Seigneur. Ainsi, le Seigneur eut des précurseurs et des témoins de son Ascension, l’un avant la Loi, l’autre sous la Loi, pour que vînt un jour celui qui serait capable de pénétrer vraiment dans les cieux. D’où l’ordre qui existe entre l’élévation du premier et celle du second, lesquelles se distinguent par une certaine gradation. Car on nous rapporte qu’Enoch fut transporté, et Elie élevé au ciel, pour que vînt ensuite celui qui, sans être ni transporté ni élevé, pénétrerait dans le ciel éthéré par sa propre puissance. Par le transfert de ces deux serviteurs qui symbolisaient son Ascension, puis en montant lui-même au ciel, le Seigneur a voulu aussi manifester qu’il allait nous accorder, à nous qui croyons en lui, la pureté de la chair, et faire croître par son aide la vertu de chasteté à mesure que les temps se développeraient. Enoch eut en effet une épouse et des fils. Par contre, on ne lit nulle part qu’Elie ait eu une épouse et des fils. Mesurez donc par quels degrés la sainte pureté s’est accrue, d’après ce que ces serviteurs transportés et le Seigneur en personne dans son Ascension nous font voir clairement : Enoch, qui fut engendré par une union charnelle, et qui engendra de la même manière, fut transporté ; Elie, qui fut engendré par une union charnelle, mais qui n’engendra pas lui-même de cette façon, fut enlevé ; quant au Seigneur, qui n’engendra pas ni ne fut engendré par une union charnelle, il s’éleva au ciel [par sa propre puissance].

      7. Il nous faut aussi considérer pourquoi Marc affirme : « Il siège à la droite de Dieu », alors qu’Etienne dit : « Je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » (Ac 7, 56). Pourquoi Etienne assure-t-il le voir debout, alors que Marc le voit assis ? Mais vous le savez, mes frères : siéger convient à celui qui juge, se tenir debout, à celui qui combat ou qui vient au secours. Puisque notre Rédempteur, élevé au ciel, juge dès à présent toutes choses, et qu’à la fin des temps il viendra en Juge universel, Marc nous le représente siégeant après son élévation, puisqu’au terme, après avoir été glorifié en son Ascension, il apparaîtra en Juge. Etienne, lui, en proie aux souffrances du combat, vit debout celui qui le soutenait : pour qu’il pût triompher de l’incroyance de ses persécuteurs sur la terre, Dieu combattit pour lui du haut du Ciel en le secondant de sa grâce. 8. Le texte poursuit : « Pour eux, ils s’en allèrent prêcher en tout lieu, le Seigneur travaillant avec eux et confirmant la Parole par les signes qui l’accompagnaient. » Que devons-nous considérer en cela, que devons-nous en confier à notre mémoire, sinon que l’ordre du Seigneur fut suivi d’obéissance, et l’obéissance de miracles ? Mais puisque Dieu nous a guidé pour parcourir avec vous ce passage d’Evangile en l’expliquant brièvement, il ne nous reste plus qu’à vous faire part de quelques considérations sur la grande solennité [d’aujourd’hui].

      9. Il faut d’abord nous demander pourquoi nous ne lisons pas [dans l’Evangile] que les anges apparus après la naissance du Seigneur se fussent montrés vêtus de blanc, alors que nous le lisons de ceux envoyés lors de son Ascension, comme le dit l’Ecriture : « Tandis qu’ils le regardaient, il fut élevé, et une nuée le déroba à leurs yeux. Et comme ils avaient leurs regards fixés vers le ciel pendant qu’il s’éloignait, voici que deux hommes parurent auprès d’eux, vêtus de blanc. » (Ac 1, 9-10). Les vêtements blancs manifestent au-dehors la joie et la fête de l’esprit. Pourquoi donc les anges n’apparurent-ils pas vêtus de blanc après la naissance du Seigneur, mais vêtus de blanc lors de son Ascension, sinon parce que l’entrée au Ciel du Dieu fait homme a constitué pour les anges une grande fête ? Si par la naissance du Seigneur, la divinité semblait abaissée, par son Ascension, l’humanité a été glorifiée. Or des vêtements blancs conviennent mieux à une glorification qu’à un abaissement. Les anges devaient donc se montrer vêtus de blanc au moment où le Seigneur montait [au ciel], puisque celui qui dans sa naissance était apparu comme un Dieu abaissé se manifestait dans son Ascension comme un homme glorieusement élevé.

      10. Mais en cette solennité, frères très chers, il nous faut considérer avant tout que le décret qui nous condamnait a été aujourd’hui abrogé, et abolie la sentence qui nous vouait à la corruption. Car cette même nature à qui il avait été dit : « Tu es terre, et dans la terre tu iras » (Gn 3, 19), est aujourd’hui montée au ciel. C’est en vue de cette élévation de notre chair que le bienheureux Job, parlant du Seigneur d’une manière figurée, le nomme un oiseau. Considérant que le peuple juif ne comprendrait pas le mystère de l’Ascension, Job déclare à propos du manque de foi de ce peuple : « Il n’a pas reconnu la route de l’oiseau. » (Jb 28, 7). C’est à juste titre que le Seigneur a été appelé « oiseau », puisque son corps de chair s’est élancé vers l’éther. Celui qui n’a pas cru à l’Ascension du Seigneur au ciel n’a pas reconnu la route de cet oiseau.
      C’est de la fête d’aujourd’hui que le psalmiste affirme : « Ta magnificence s’est élevée au-dessus des cieux. » (Ps 8, 2). Et encore : « Dieu est monté au milieu d’une grande joie, le Seigneur au son de la trompette. » (Ps 47, 6). Et enfin : « Montant sur les hauteurs, il a emmené en captivité notre nature captive ; il a offert des dons aux hommes. » (Ps 68, 19). Oui, montant sur les hauteurs, il a emmené en captivité notre nature captive, puisqu’il a détruit notre corruption par la puissance de son incorruptibilité. Il a également offert des dons aux hommes : ayant envoyé du Ciel l’Esprit, il a accordé à l’un une parole de sagesse, à un autre une parole de science, à un autre le pouvoir d’opérer des miracles, à un autre le don des guérisons, à un autre la diversité des langues, à un autre l’interprétation de la parole (cf. 1 Co 12, 8-10). Il a donc bien offert des dons aux hommes.
      C’est aussi de cette glorieuse Ascension que [le prophète] Habacuc a dit : « Le soleil s’est élevé, et la lune s’est maintenue à sa place. » (Ha 3, 11, d’après les Septante). En effet, que désigne le prophète par le terme de soleil, sinon le Seigneur, et par le terme de lune, sinon l’Eglise ? Tant que le Seigneur ne s’était pas encore élevé dans les cieux, sa sainte Eglise était paralysée par la crainte des oppositions du monde, tandis qu’après avoir été fortifiée par son Ascension, elle s’est mise à prêcher ouvertement ce qu’elle avait cru en secret. Le soleil s’est donc élevé, et la lune s’est maintenue à sa place, puisque le Seigneur ayant atteint le Ciel, l’autorité de la prédication de sa sainte Eglise s’en est accrue d’autant. Au sujet encore de l’Ascension, Salomon prête à cette Eglise la parole suivante : « Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes et franchissant les collines. » (Ct 2, 8). Considérant les points saillants des grandes œuvres du Seigneur, l’Eglise dit : « Le voici qui vient, bondissant sur les montagnes. » Car le Seigneur, en venant pour nous racheter, a exécuté, si je puis dire, des bonds. Voulez-vous les connaître, ces bonds, frères très chers ? Du Ciel il est venu dans le sein [de la Vierge], du sein [de la Vierge] dans la crèche, de la crèche sur la croix, de la croix au sépulcre, et du sépulcre il est retourné au Ciel. Voilà les bonds que la Vérité manifestée dans la chair a accomplis en notre faveur, pour nous faire courir à sa suite, car « le Seigneur s’est élancé joyeux comme un géant pour parcourir sa voie » (Ps 19, 6), afin que nous puissions lui dire de tout notre cœur : « Entraîne-nous après toi, et nous courrons à l’odeur de tes parfums. » (Ct 1, 4)

      11. Il nous faut donc, frères très chers, suivre le Seigneur par le cœur là où nous croyons qu’il est monté par le corps. Fuyons les désirs terrestres, et que rien parmi les choses d’ici-bas ne puisse désormais nous séduire, nous qui avons un Père dans les cieux. Considérons bien que celui qui s’est élevé au ciel tout pacifique sera terrible lors de son retour, et que tout ce qu’il nous a commandé avec douceur, il l’exigera alors avec rigueur. Faisons donc tous grand cas du temps qui nous est accordé pour faire pénitence ; prenons soin de notre âme tant que c’est possible. Car notre Rédempteur reviendra nous juger d’autant plus sévèrement qu’il se sera montré plus patient avant le jugement.
      Souciez-vous donc de ces choses, mes frères, et ressassez-les en toute sincérité. Bien que votre âme soit encore ballottée par le remous des affaires, jetez pourtant dès maintenant l’ancre de votre espérance dans la patrie éternelle3 ; affermissez l’orientation de votre esprit dans la vraie lumière. Le Seigneur est monté au ciel, ainsi que nous venons de l’entendre ; méditons donc sans cesse ce que nous croyons. Et si nous sommes encore retenus ici-bas par l’infirmité de notre corps, suivons cependant notre Dieu à pas d’amour. Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui nous a donné un tel désir, ne le laissera pas sans réponse, lui qui, étant Dieu, vit et règne avec Dieu le Père dans l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

      Amen.


    votre commentaire